JUSTICE
Pour les jurés, Deraedt voulait bien tuer Armande Richard : dix-huit ans de réclusion
par La Rédaction du DL | le 16/10/08 à 05h50
L'accusé, Patrick Deraedt
Pour le meurtre aggravé de la jeune Armande Richard, son compagnon Patrick Deraedt, 41 ans, est condamné hier soir à dix-huit ans de réclusion criminelle. L'homicide volontaire commis par un concubin lui faisait encourir la perpétuité.
Trois journées éprouvantes d'audiences, deux heures de tension pendant l'attende de la décision, François Richard explose au verdict. « C'est une honte ! » gronde le père de la victime en exprimant tout le bien qu'il pense, à cet instant, de l'institution judiciaire. « On met 18 ans ! Faut pas se priver de tuer, alors ! Et on fait des journées contre la violence faite aux femmes »... À peine sortie, Marie-Odile Richard, la maman, est prise, elle, d'un malaise et s'évanouit. De son côté, la mère de l'accusé et ses soeurs fondent en larmes dans le prétoire. La sanction, loin d'être légère, n'est pas comprise au moment où elle tombe.
Juste avant le délibéré, dans un fatras de considérations d'une impensable maladresse, sanglotant des pardons à tout le monde, Patrick Deraedt reprécise sa position. « Oui, j'ai bien fait ça. Mais, en aucun cas, j'ai voulu ôter la vie d'Armande ».
« M.Deraedt, vous l'avez achevée ! », dit l'accusation
L'avocate générale, Marianne Thirard, déchiffre le contraire dans son comportement de ce jour-là. « Qu'avant ou après, il n'ait pas voulu sa mort, peut-être. Pas à ce moment-là. Car, non seulement il s'est acharné contre Armande Richard mais, à trois reprises il aurait pu la ramener à la vie. Il est pompier ! Au lieu de la sauver, M. Deraedt, vous l'avez achevée. »
Me Pierre Perez et Me Fabrice Paganelli, pour la famille de la victime, vont beaucoup plus loin. En la plaidant sans la soutenir car au procès, cette question est définitivement tranchée, ils ajoutent la préméditation. « Mauvais mari, mauvais père, mauvais compagnon, mauvais pompier, mauvais gestionnaire... » commence à dire le premier de Patrick Deraedt.
« Un Taliban, un maquereau, un raté » continue-t-il, pour finir en une apostrophe cinglante. « M. Deraedt, ce n'est pas un meurtre ! Vous êtes un assassin ! ». Le second lui emboîte le pas. « Il a tué de sang-froid, maquillé la scène de crime de sang-froid. Il étrangle quelqu'un pendant trois minutes : pompier, il ne peut pas jouer l'étonné quand elle meurt ».
« Non, ce n'est pas un assassin ! », répond la défense à la partie civiile
« Non, ce n'est pas un assassin ! » riposte, tendu, Me Jean-Paul Calloud, à la défense. « Avant son acte, l'assassin s'organise, il met en place une stratégie, pas lui. Avant, pendant et après, il suit un mode opératoire, pas lui.
Parce que l'assassin veut le résultat. Si je balaye de l'accident, une baliverne, est-ce que volontairement, Patrick Deraedt a voulu donner la mort à Armande ? Je m'interroge. »
La question est posée aux jurés des "violences volontaires ayant entraînées la mort sans intention de la donner", crime punie d'une peine maximale de quinze ans de réclusion.
Parce qu'il ne s'agit pas, selon elle, de ces "coups mortels" dont l'hypothèse est présentée par Me Calloud, l'avocate générale Marianne Thirard, requiert au-delà de ces quinze ans, entre dix-huit et vingt années de réclusion criminelle. « Assumez, tout simplement » conseille-t-elle à l'accusé pour ses dernière paroles. Il n'a pas entendu. La cour et le jury l'ont suivie.
REPÈRES
LES FAITS
Armande Richard, jeune pompier volontaire de 19 ans, est tuée, chez elle à Chindrieux, le 2 janvier 2007. Le décès a été causé par une compression des carotides après plusieurs gestes d'étranglement. Son compagnon, Patrick Deraedt, 41 ans, pompier professionnel, a été jugé coupable du meurtre. Il était aux abois : elle allait le quitter, il était couvert de dettes et confronté à des problèmes de travail. Le crime était aggravé par sa situation de concubin.